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«Le conflit avec l’Irak — Un point de vue israélien»

«Le conflit avec l’Irak — Un point de vue israélien»



12, septembre 2002

french translation

(Le discours de M.Netanyahu lors d’une séance de la Commission Parlementaire

sur la Réforme Gouvernementale) Traduction : Jean-Jacques Smadja.



Chers députés,



L’an dernier, quelques jours après le 11 septembre, on m’a accordé le privilège d’intervenir devant cette commission pour débattre du problème du terrorisme.

Mais m’aurait-on offert cette occasion de m’adresser à vous avant le 11 septembre, j’aurais fait les mêmes propositions quant à savoir comment la guerre contre le terrorisme doit être menée et comment elle peut être gagnée. J’aurais insisté sur le fait que la clef de la victoire contre le terrorisme repose sur notre capacité à dissuader ou à détruire ces régimes qui hébergent la terreur et s’en rendent complices. J’aurais affirmé que pour extirper la terreur, il faudrait que le réseau entier de la terreur, qui repose sur une demi douzaine de régimes impliqués et sur une vingtaine d’organisations terroristes, soit démantelé. Et surtout, je vous aurais alerté sur le plus grand risque que court notre planète avec la sinistre perspective qu’une quelconque partie de ce réseau puisse acquérir des armes nucléaires.

Pourtant, même si je vous avais soumis mes convictions de la plus cohérente et convaincante manière, je ne doute pas que certains d’entre vous, peut-être un bon nombre d’entre vous, y auraient vu de la démesure, voire une volonté alarmiste. Mais le 11 septembre est arrivé et la fiction est devenue réalité, l’inimaginable a rejoint le réel.

Cette seule journée de l’horreur a éveillé l’attention des Américains sur les risques majeurs auxquels est désormais confronté notre monde. Ces Américains là réalisent que si Al Qaeda avait été en possession d’un engin atomique en septembre dernier, la ville de New York n’existerait plus aujourd’hui. Ils ont à l’esprit que nous aurions tous pu passer la journée d’hier à pleurer non pas des milliers mais des millions de morts .

Pour d’autres à travers le monde, le pouvoir d’imagination n’est apparemment pas aussi développé. Il semble que pour ces gens, il faille que l’inimaginable se reproduise devant leurs yeux pour qu‘ils consentent à faire ce qui doit être fait. Car comment peut-on expliquer autrement l’opposition au plan du Président Bush de démanteler le régime de Saddam Hussein?

Je ne veux pas insinuer qu’il n’y a pas d’interrogations légitimes à propos d’une intervention contre l’Irak. Il y en a effectivement. Mais la question du renversement du régime de Saddam étant de fait légitime, elle ne se pose même plus. Il existe un autre argument également négligeable selon lequel l’Amérique ne peut évincer Saddam sans l’accord préalable de la communauté internationale.

Voici un chef d’État qui développe rapidement son arsenal d’armes biologiques et chimiques. Voici un dictateur qui s’est déjà servi de ces armes de destruction massive contre ses ressortissants et ses voisins. Et c’est un tyran qui s’évertue fébrilement à acquérir des armes nucléaires.

Les risques représentés par un Saddam doté de l’arme nucléaire on été compris par mon pays il y a vingt ans, bien avant le 11 septembre. En 1981, le Premier Ministre Menachem Begin a envoyé l’armée de l’air israélienne pour un raid de nuit qui a détruit le réacteur nucléaire irakien d’Osirak. Et bien qu’à l’époque Israël ait été condamné par tous les gouvernements du monde, même par nos plus proches amis, l’histoire a rendu un jugement beaucoup moins sévère sur cette action d’une clairvoyance et d’un courage indiscutables.

Le jugement de l’histoire devrait influencer notre jugement d’aujourd’hui. Est-ce qu’Israël a opéré cette frappe préventive parce que Saddam avait commis un acte de terreur contre nous? Est-ce que nous avons coordonné nos actions avec la communauté internationale? Est-ce que nous avons conditionné cette opération à l’accord des Nations Unies?

Non, Israël a agi parce que nous avons compris qu’un Saddam doté de l’arme nucléaire mettrait en péril notre survie même. Aujourd’hui, les États-Unis doivent détruire le même régime parce qu’un Saddam avec l’arme nucléaire mettra en danger la sécurité du monde entier.

Ne vous y trompez pas. Une fois que Saddam aura des armes nucléaires, le réseau de la terreur aura des armes nucléaires. Et une fois que le réseau de la terreur aura des armes nucléaires, ce ne sera qu’une question de temps avant que ces armes soient utilisées.

Il y a une vingtaine d’années, il était possible de contrarier les ambitions nucléaires de Saddam en ne bombardant qu’une seule installation. A présent, rien n’y fera en dehors du démantèlement de son régime car le programme nucléaire de Saddam à changé. Il n’a plus besoin de gros réacteur pour produire la substance meurtrière nécessaire aux bombes atomiques. Il peut la produire dans des centrifugeuses de la taille d’une machine à laver qui peuvent être dissimulées dans tout le pays — et l’Irak est un très grand pays. Même des inspections libres et sans entraves ne mettront pas à jour ces sites mobiles de production de morts massives.

Sachant cela, je demande à tous ceux qui s’opposent au plan du Président — croyez-vous qu’il nous faille attendre que Saddam ait des armes nucléaires et qu’il en fasse usage pour entreprendre une action contre lui? Est-ce que ces détracteurs pensent que le lien entre Saddam et le 11 septembre doit être au préalable clairement démontré pour que nous ayons le droit d’empêcher le prochain 11 septembre?

Moi, je ne le pense pas.

Si votre intention est de vaincre la mafia, vous ne ciblez pas uniquement le petit soldat qui a perpétré la dernière attaque en date, ou même vous n’en restez pas à l’arrestation du parrain responsable qui a fait appel à lui. Vous ciblez le réseau entier du crime organisé. Toutes les familles, toutes les organisations — l’ensemble.

De même, si votre intention est de vaincre la terreur, vous ne ciblez pas seulement les terroristes qui ont perpétré la dernière attaque en date, ou même le régime responsable qui les a envoyés. Vous ciblez le réseau entier de la terreur. Tous les régimes qui soutiennent la terreur, toutes les organisations qui l’abritent — l’ensemble.

Cette façon de faire implique toujours la nécessité d’agir avant de subir d’autres attaques. Quand la sécurité d’une nation est en danger, un gouvernement responsable se doit de prendre les mesures nécessaires à la sécurité de ses ressortissants et à la neutralisation de la menace qui les vise. Parfois cela exige d’anticiper.

Dans l’histoire des démocraties, l’anticipation sur les événements a toujours été le choix le plus difficile. Parce qu’au moment de décider, vous êtes dans l’incapacité de prouver aux contradicteurs qu’ils ont tort. Vous ne pouvez jamais les convaincre de la catastrophe majeure qui a été évitée grâce à votre action préventive.

Pourtant nous savons aujourd’hui que si les démocraties avaient pris des mesures préventives pour renverser le régime d’Hitler dans les années 30, les pires horreurs de l’histoire auraient pu être empêchées. Et nous savons à présent, par l’intermédiaire de transfuges et d’autres sources de renseignements, que si Israël n’avait pas lancé son attaque préventive contre la fabrique de bombes atomiques de Saddam, l’histoire récente aurait pris une tournure bien plus dangereuse.

L’argument le plus incontestable en faveur d’une action préventive contre le régime de Saddam ne tient pas dans les paroles fortes du Président Bush aux Nations Unies, mais dans la sauvagerie des attentats des terroristes le 11 septembre. Leur avertissement effroyable nous a ouvert les yeux sur les horreurs qui nous attendent demain si nous nous refusons d’agir aujourd’hui.

Mes amis, je parle ici aujourd’hui en tant que citoyen du pays qui a le plus à craindre d’une action préventive. Dans les derniers soubresauts de son régime moribond, il se peut très bien que Saddam soit tenté de se servir des missiles qui lui restent contre l’État Juif, des missiles à têtes biologiques et chimiques.

Bien qu’aujourd’hui je ne sois qu’un simple citoyen, je crois pouvoir parler pour la majorité écrasante des Israéliens en soutenant une frappe préventive contre le régime de Saddam. Nous appuyons cette action préventive américaine même si nous nous trouvons sur la ligne de front, alors que d’autres la critiquent, confortablement installés loin du théâtre des opérations. Cependant nous sommes persuadés que leur impression de confort n’est qu’une illusion car si nous n’agissons pas aujourd’hui, nous serons tous menacés par un danger beaucoup plus sérieux.

Nous soutenons ce combat parce qu’il est aujourd’hui possible de se défendre contre une attaque chimique et biologique. Il y existe des masques à gaz, des vaccinations et d’autres moyens de défense civile qui peuvent protéger nos citoyens et réduire les risques pour eux.

D’ailleurs, un élément central de n’importe quelle frappe sur l’Irak doit être de s’assurer que le gouvernement israélien, s’il en décide ainsi, a les moyens de vacciner tous les citoyens israéliens avant le lancement de l’opération. S’assurer de cela ne relève pas uniquement de la responsabilité du gouvernement israélien, mais également de la responsabilité du gouvernement des États-Unis.

Permettez moi de le répéter : les gouvernements d’Israël et des Etats-Unis doivent s’assurer conjointement que le peuple d’Israël dispose de tous les moyens de défense civile avant que l’opération ne démarre.

Mais aucun masque à gaz et aucun vaccin ne constituent une protection contre des armes nucléaires. C’est la raison pour laquelle des régimes qui n’ont pas de scrupules à utiliser leurs armes de destruction massive et qui n’hésiteront pas à les transmettre à leur mandataires de la terreur, ne doivent jamais être autorisés à acquérir des armes nucléaires. Nous devons détruire ces régimes avant qu’ils ne soient en mesure de nous détruire tous.

Si une intervention préventive peut être appuyée par une large coalition de pays libres et par les Nations Unies, tant mieux. Mais si cela ne se concrétise pas, alors les Etats-Unis doivent se préparer à agir sans ce soutien. Le soutien international pour des opérations qui sont vitales pour la sécurité d’une nation est toujours souhaitable, mais il ne doit jamais constituer une condition préalable. Si on parvient à l’obtenir, c’est bien. Sinon, on s’en passe.

En des circonstances exceptionnelles, on peut pardonner à des personnages publics de faire référence à leurs propres citations. J’espère qu’aujourd’hui vous m’accorderez ce privilège. Il y a une vingtaine d’années, j’ai écrit les choses suivantes :

«L’Occident peut gagner la guerre contre le terrorisme. Il peut mettre à nu ses impostures et punir ses auteurs et ses sponsors. Mais il doit d’abord gagner la guerre contre ses propres faiblesses. Cela exigera du courage. Du courage sous au moins trois formes.»

Premièrement, il faut que les hommes politiques aient le courage de dire à leurs peuples, la vérité, aussi désagréable soit-elle. Il faut qu’ils s’attendent à devoir prendre des décisions difficiles et des mesures qui peuvent éventuellement comporter de gros risques et les exposer à la vindicte populaire. Deuxièmement, les soldats qui seront appelés à combattre les terroristes devront faire preuve de courage militaire. Troisièmement, le peuple devra faire preuve de courage civique. Les citoyens d’une démocratie menacée par le terrorisme doivent se considérer, dans un certain sens, comme des soldats d’une cause commune. Ils n’ont pas à faire pression sur leur gouvernement pour que celui-ci capitule ou cède devant le terrorisme. Si nous voulons sérieusement gagner la guerre contre le terrorisme, il faut s’attendre à endurer des sacrifices et même, en cas de perte d’êtres chers, à souffrir d’une peine infinie.»

«Le terrorisme est un phénomène qui vise à ne susciter qu’un seul sentiment : la peur. Il est donc normal que pour vaincre le terrorisme la vertu requise par excellence soit l’antithèse de la peur : le courage. Le courage disait les Romains n’est pas la seule vertu, mais sans courage, toutes les autres vertus ne veulent pas dire grand chose.»

«Il faut relever le défi terroriste. Il s’agit de choisir entre une société libre, bâtie sur la loi et la compassion et une barbarie rampante au service de la force brute et de la tyrannie. La confusion et les tergiversations ont facilité l’ascension du terrorisme. La clarté et le courage assureront sa défaite.»

Bien que j’aie tenu ces propos il y a presque vingt ans, ils n’ont jamais été aussi pertinents qu’aujourd’hui. Un an après le 11 septembre; je suis convaincu que cette grande nation qui est la vôtre possède les trois formes de courage requises pour vaincre le mal monstrueux qui nous menace aujourd’hui.

Le Président Bush a fait preuve de courage en mettant audacieusement le cap vers la victoire. L’armée américaine s’apprête une fois encore à supporter le fardeau du combat contre les ennemis de la liberté. Et par dessus tout le peuple américain s’est armé du courage nécessaire pour riposter et pour vaincre.

Ce courage là, on l’a vu à l’œuvre de façon poignante l’an dernier lors du vol 93. En pleine tourmente, des citoyens ordinaires ont fait preuve d’un héroïsme extraordinaire et se sont levés pour contrecarrer les plans criminels des terroristes — ce faisant, ils ont épargné la vie d’un nombre incalculable de leurs concitoyens, peut-être même de certains d’entre vous ici aujourd’hui. Il s’agit du même courage civique qui s’est manifesté toute cette année dans la volonté des Américains de se rassembler derrière leur gouvernement pour faire la guerre à la terreur.

Ce courage, je le connais bien car je le vois chaque jour sur les visages de mes compatriotes. Des millions d’Israéliens qui ont été soumis à une campagne de terreur sans précédent sont restés fermement soudés à leur gouvernement dans la lutte contre la terreur palestinienne. Nous n’avons pas fléchi. Nous n’avons pas pris la fuite. Nous avons tenu bon et nous avons riposté

Vous savez, les terroristes et les tyrans de la planète se sont toujours trompés. Ils se sont trompés sur l’Angleterre de Churchill. Ils se trompent lamentablement pour ce qui est d’Israël. Et ils ont tort, mille fois tort, pour ce qui est de l’Amérique.

Ils ne comprennent tout simplement pas le pouvoir de la liberté. Ils s’imaginent qu’en posant des bombes contre nos sociétés libres, ils les détruiront. Ils considèrent que le fait de débattre librement nous rend vulnérables et voient dans notre libre parole un signe de faiblesse. Ils sont convaincus que leur culte de la mort est plus fort que notre amour de la vie.

Mais, bien entendu, ils ont tort. Il n’existe rien de plus puissant que la volonté d’un peuple libre, qui se rassemble pour protéger sa vie et sa liberté. A nous de démontrer aujourd’hui que les terroristes sont encore dans l’erreur. Ce ne sera pas facile. Cela exigera des sacrifices. Mais il faut le faire aujourd’hui car les sacrifices de demain seront infiniment plus grands.

Il y a soixante ans, Winston Churchill a dit la chose suivante : «Si vous refusez de vous battre quand votre victoire est assurée et ne vous en coûte pas trop, viendra peut être le moment où vous aurez à vous battre alors que tout sera contre vous et pire encore sera de vous battre sans le moindre espoir de victoire.

Mes amis, voici le cœur du problème. Ce que j’ai déclaré devant cette commission l’an dernier reste vrai aujourd’hui. Aujourd’hui, les terroristes ont la volonté de nous détruire mais ils n’en ont pas les moyens. Nous, nous avons les moyens de les détruire. A présent il nous faut trouver la volonté de le faire.



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